lundi 19 octobre 2009

Traversée du Sichuan (ou Kham tibétain)


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Profil d'altitude entre Xiewu et Benzilan, Sichuan

Après Yushu, nous pénétrons dans le Sichuan. Les routes sont nettement moins bonnes qu'au Qinghai, mais les routes tadjiks que nous avons parcourues l'an passé étaient encore bien pires. Les monastères se succèdent (Serxu, Dzogchen, ...) et nous voyons aussi plusieurs caravanes de yaks qui regagnent des altitudes plus modérées. Les "tachi-délé" (bonjour en tibétain) fusent de partout, les Tibétains sont très amicaux, mais aussi très curieux: un soir nous campons dans un pré près d'un village, et nous avons eu un défilé de visiteurs curieux de voir ces cyclo-touristes et leur matériel. Après la tombée de la nuit , deux moines viennent encore s'initier à la prononciation de l'anglais. Ils ont un guide de conversation d'anglais pour tibétains, mais la première fois qu'ils essayent de prononcer une phrase, leur accent tibétain est si fort que l'anglais est tout-à-fait incompréhensible. Notre guide de mandarin pour francophones n'est sans doute pas meilleur, je n'ai jamais réussi à me faire comprendre sans montrer la phrase écrite en pictogrammes chinois!

A Dzogchen, nous tombons sur un moine qui parle un peu mieux l'anglais et qui a déjà voyagé dans d'autres pays. Comme il n'a pas de passeport chinois, il doit passer en douce par le Népal qui lui délivre un passeport lui permettant d'aller plus loin. Même les Chinois de souche han (la majorité en Chine) doivent demander un visa de sortie (généralement très court) pour pouvoir quitter leur pays.

Le monastère de Dzogchen est immense et situé dans un magnifique cadre de montagnes. La ville adjacente est aussi remplie de moines dans leurs soutanes rouge sombre et jaune vif. Tous ne sont pas exemplaires, l'un d'eux est manifestement ivre, et nous le revoyons le lendemain matin déjà bien lancé, une bouteille à la main! Tandis que nous soupons dans un restaurant, une brève fusillade éclate. Immédiatement le tenancier descend son rideau de fer et enjoint ses clients à se réfugier dans l'arrière salle. Nous ne nous sommes pas fait prier, et ne saurons pas ce qui s'est vraiment passé.

Nous rencontrons quatre Suisse-Allemands à Manigango: il y bien longtemps que nous n'avions pas vu de touristes occidentaux. L'hôtel est quasi plein ce soir-là: il y a aussi un grand groupe de Chinois Malais partis de Malaisie et traversant Thaïlande, Laos, et toute la Chine jusqu'en Mongolie dans de gros 4x4 en un mois! Certes le voyage à vélo est physiquement beaucoup plus exigeant, mais nous préférons notre luxe, le temps!

Le 1er octobre, la Chine populaire fête ses 60 ans d'existence. La télévision passe d'interminables défilés militaires, et le soir c'est la fiesta à Pékin, genre ouverture des JO. Mais à Ganzi même, nous n'avons rien vu sinon un court feu d'artifice.

A Litang, nous avons rencontré Elsa et Ollivier, deux Provençaux en tandem. Ils viennent d'avoir un accident hier, mais repartent quand même aujourd'hui, pour prolonger leur visa et retirer de l'argent à Zhongdian. Depuis Xining, il est en effet impossible de changer ou de retirer de l'argent (heureusement nous y avions fait le plein de yuans). La police a reconnu leur accident (heurtés par un tracteur qui ne s'est pas arrêté) et tenant compte de leurs difficultés causées par un chauffard local qui ne s'est pas arrêté, leur a offert la nuit d'hôtel et 500 Yuans! Bravo à la police de Litang, et au courage d'Elsa et d'Ollivier qui repartent sans même attendre que leurs blessures guérissent!

Le climat est moins rude qu'au Qinghai, ou peut-être le temps s'est-il radouci: tant mieux, cela nous permet de continuer à vélo. Nous rattrapons deux Belges partis un jour avant nous de Litang sur la route de Sumdo. Tout comme Ollivier et Elsa, ils roulent aussi avec des Speedhub Rohloff: avec les nôtres, cela fait cinq Rohloff en route dans cette partie du Sichuan!

Nous apprenons que la route reliant Xiangcheng à Shangri-La est très mauvaise, même impraticable par temps de pluie. Bien que le beau temps semble stable, ce tronçon nécessite quand même 4-5 jours de vélo; nous choisissons donc de prendre une route plus longue (80 km de plus), mais entièrement goudronnéee. On y rencontre un autre couple de cyclistes Espagnols qui relient Dali à Litang: eux aussi ont préféré ce trajet. Elsa et Ollivier, qui ont dû prendre un transport en 4X4 depuis Xiangcheng, nous ont confirmé le piteux état de la route directe, nous avons donc fait le bon choix!

Nous entrons dans le Yunnan après une longue descente, à une altitude de 2000 m: quel plaisir de retrouver des températures agréables! Nous allons profiter de notre détour qui nous a amené à 110 km de Deqin pour y faire un saut: il paraît qu'il y a un superbe paysage de montagnes qu'on ne voudrait pas manquer si la météo reste bonne. Après cela, ce sera le retour à la civilisation avec Shangri-La, Lijang et Dali, lieux très touristiques du Yunnan.